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Hier nous sommes partis à Togbota, à 2 heures et demi de “route“ de Cotonou, afin d’y distribuer les vêtements et jouets que mes amies Ségolène et Catherine m’avaient confiés. Idem pour la mère de mes enfants qui avaient vidé pour l’occasion ses armoires pour remplir nos valises.
Je pensais que, vu la quantité de bagages à emmener et le nombre de passagers que nous étions, nous prendrions un taxi brousse mais non… nous y sommes allés en moto. Et j’en ai conduit une ! Oui, je me suis laissé convaincre que je saurai conduire sur les pistes ocres africaines et j’ai donc accepté le challenge. Je ne sais pas combien de fois nous avons évité la mort ma fille et moi, juchés sur une moto de fabrication chinoise sans frein arrière et dont toutes les vitesses se passaient en poussant sur le sélecteur de vitesses (les motards comprendront que c’est l’inverse de toutes les motos circulant dans le monde). J’ai mis un peu de temps à comprendre pourquoi le moteur faisait tant de bruit quand je passais les vitesses alors que je rétrogradais…
Après avoir évité des piétons chargés de bois/fruits/piments, des porcs en liberté cherchant quelque nourriture à se glisser sous le groin, des chèvres traversant la piste devant vos roues, des enfants chantant sur le bord de la route en vous saluant joyeusement de la main, nous avons rejoint le village de Togbota. Il nous aura fallu deux (longues) heures de moto surchargées de bagages qui nous faisaient perdre l’équilibre à chaque coup de guidon destiné à éviter les obstacles sus-nommés mais nous sommes arrivés entiers.
Nous avons d’abord visité “ma“ ferme, entretenue par Léonel qui a récemment planté du riz. J’espère que cette nouvelle culture donnera de bonnes récoltes au mois de janvier prochain. Ensuite, nous avons traversé le fleuve Togbo pour nous rendre à l’école et y distribuer les fameux vêtements.
Il n’y en a pas eu assez. Il n’y en a JAMAIS assez et c’est assez désespérant de les voir rentrer un par un dans la case pour essayer qui une jupe, qui un tee-shirt, qui une paire de chaussures et ne pas voir la longue file d’attente diminuer alors que le tas de vêtements, lui, fond comme neige au Bénin.
Ma grande joie de père fut d’observer mes enfants très actifs durant cette distribution : ils avaient classé les vêtements par sexe : femmes, hommes et un tas pour les enfants. Ils en avaient fait un autre avec les quelques jouets et accessoires que nous avions amenés avec nous : boite à musique, balles, chouchou, bracelets de perles en plastique, poupée…
Ils tentaient d’endiguer tant bien que mal le flot des enfants, repérer au dehors ceux dont la taille serait susceptible de coïncider avec une petite jupe rose à poids ou un jean “Orchestra“. Je leur avais appris à regarder leurs pieds nus afin de jauger leur pointure et faire le lien avec les chaussures en stock. Petite anecdote truculente : un adolescent voulait absolument rentrer dans des chaussures de femme, ce qui nous a tous donné l’occasion de rire au milieu de notre étouffante braderie. Nous lui avons expliqué que c’était des chaussures de femmes et que ses grands pieds taille 43 ne rentreraient pas dans des sandales taille 38 mais il ne voulait rien entendre et tentait de nous prouver qu’il pouvait y arriver. La question du sexe auquel étaient destinées ces chaussures n’avaient aucune importance pour lui (et je crois qu’il avait raison).
J’ai aimé voir mes enfants tenter de satisfaire le plus grand nombre et je crois avoir décelé dans leur regard d’enfant et d’adolescente de la joie sincère ainsi qu’un brin de fierté. Ce n’est pas donné à tout le monde d’habiller une soixantaine d’enfants 🙂
Les chaussures que mon fils ne voulaient plus mettre (car la mode dans la cour de son école privée change aussi vite que les couleurs d’un caméléon posé sur du tissu écossais), faisait briller les yeux d’un petit garçon qui les serrait contre lui comme si c’était le plus précieux des présents. J’ai vu une petite fille à qui la mienne offrait une petite robe avec de la dentelle, exploser pudiquement de joie intérieure.
La distribution de 3 baguettes de pain que nous avions amenées pour déjeuner a dégénéré en pugilat et mon fils était effaré de voir autant de mains se dresser vers nous pour saisir un simple bout de pain que d’ordinaire nous jetons à la poubelle quand il reste sur la table.
Mes enfants auront peut-être compris certaines choses essentielles durant ce voyage. Cela ne les empêchera pas de me demander pour leur anniversaire un manteau Kooples ou Sandro, un iPhone ou un nouvel ordinateur (Apple, forcément) mais après tout, je ne leur demande pas de changer de goûts vestimentaires ou de se détourner d’objets technologiques qui emplissent notre quotidien. Je suis, moi parent, également responsable de cette orientation. J’espère juste qu’ils auront vu que nos déchets, nos rebuts sont des trésors pour d’autres que nous. Peut-être auront-ils mieux compris le sens du mot “générosité“ ?
Avant de partir, on m’a tendu une enveloppe libellée à mon nom approximatif : “Monsieur le Président Accarias“. L’écriture maladroite et hésitante donnait une indication quant à l’âge de son auteur. Les formules de politesse se superposaient les unes aux autres, me donnant du “Monsieur le Président“ à chaque ligne, du “soyez béni par Dieu“ pour marquer la fin d’un paragraphe etc. afin de me demander de financer ses frais de scolarité (25 € par an pour aller en classe de 4e). Il m’expliquait dans sa lettre que l’an dernier il n’avait pu aller à l’école à cause du manque d’argent. 25 €… Deux places de ciné en 3D avec les lunettes. Si quelqu’un veut aider Fataï (c’est son nom) à retourner à l’école au mois d’octobre, vous connaissez le tarif. Sinon, c’est moi qui le prendrai en charge. J’en aide déjà un depuis le CM1 : il vient d’obtenir le Bac et je vais lui financer ses études de médecine à la rentrée (c’est toujours bon d’avoir un médecin dans ses connaissances).
Voilà le bilan de ce petit voyage plus humain que réellement humanitaire. J’ai essayé d’inoculer quelque chose à mes enfants et maintenant, à eux d’incuber. Ils feront ce qu’ils veulent de toutes ces richesses aperçues durant 2 semaines.
Une amie répète souvent à sa fille quelque chose de très beau que j’ai glissé à mon tour dans l’oreille de mon fils alors que nous étions sur la pirogue qui nous éloignait de la berge où nous saluaient des dizaines d’enfants : remplis-toi les yeux et n’oublie jamais.

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Je suis retourné au Bénin. En tant que président de l’association “Les Enfants de Togbota“ (j’adore écrire ça), je me dois de surveiller mes ouailles et mes investissements. Parti avec la grippe, je l’ai généreusement distribuée autour de moi afin de réduire les inégalités entre les pays du Nord et du Sud.
Durant mon séjour, j’ai pu rencontrer le “responsable du quartier“, un élu qui fait office de chef dans chacun des 12 quartiers qui composent le village de Togbota, 4000 âmes dont plus de 3000 enfants. J’ai également rencontré Constance et Rodrigues qui s’occupent de l’accueil des enfants dans l’école que mon association finance. Soixante d’entre eux y vont chaque jour, garçons et filles.
J’ai renégocié avec le propriétaire, Monsieur Sauvi, le lopin de terre où est installée l’école et j’ai rencontré l’infirmier du “dispensaire“ d’Oujra. J’y ai mis des guillemets tellement l’endroit est éloigné de ce que l’on est en droit d’attendre d’un lieu qui prodigue des soins : déjections de chauves souris jonchant le sol, les matelas (ou ce qu’il en reste), le matériel de soin… je n’ai pas de mots pour décrire ce que j’ai vu. Cf la photo illustrant cet article.
La sage-femme m’expliquait que lors des accouchements, la salle de travail est tellement petite et le matériel si usé, que le sang gicle sur les murs qu’il faut nettoyer à chaque fois avec de l’eau et un chiffon (mais le sang séché qui maculait encore les murs démontrait l’inefficacité de cette méthode). L’armoire à médicaments pour tout un village est à moitié vide et tout juste bon pour répondre à un besoin en “bobologie“… Triste, rageant. Il faut faire quelque chose mais j’aurai besoin de plus de moyens pour cela. Il faut refaire du ciment pour empêcher les chauve souris de  pénétrer le bâtiment, mettre des paravents pour isoler les malades, carreler le sol, changer les lits, les matelas, électrifier le bâtiment avec des panneaux solaires pour que les femmes puissent accoucher autrement qu’éclairées par une lampe torche tenue entre les dents d’une sage femme, installer des brasseurs d’air car la température est suffoquente etc.
Rendez-vous était pris également avec Léonel pour parler du délicat problème de la ferme solidaire qui ne produit pas assez et qui, comparée à son coût, est loin de la rentabilité. Je suis arrivé avec l’intention de lui expliquer qu’on allait arrêter et puis… J’ai vu la ferme. Impeccablement entretenue, aucun chiendent dans les allées, les parcelles parfaitement délimitées, toutes les installations que j’avais fait construire il y a 2 ans fonctionnent toujours : puits, château d’eau, groupe électrogène, système d’irrigation. Un petite jardin à l’anglaise au milieu de la brousse…
Les 2 employés étaient là, debout et silencieux. Installés sur des bancs de bois, sous un toit végétal nous protégeant du soleil, j’ai expliqué à Léonel mon point de vue, la responsabilité qui était la mienne vis-à-vis des donateurs etc. Puis Léonel a pris la parole, posément, entendant tous mes reproches, comprenant mon impatience et ma déception, m’opposant en retour les conditions climatiques extrêmes qu’ils avaient dû essuyer ces derniers mois : les inondations qui ont détruit une bonne partie du maïs puis les 4 semaines de sécheresse qui ont suivi. Il a poursuivi sa défense en expliquant qu’une ferme ne se gérait pas comme on gère un commerce : j’achète le lundi un objet 100 francs que je revends le mardi 110 en encaissant une petite plus value au passage. La terre nécessite du temps pour être apprivoisée, être préparée et que tout cela nécessite une vision à long terme et non à court terme. 2 ans à l’échelle d’une ferme, c’est très peu d’autant que le choix du maïs n’était pas le sien mais celui d’Urgence Afrique. Il m’a expliqué que malgré les catastrophes climatiques qui ont ravagé la région, la ferme, notre ferme, est la SEULE a avoir réussi à produire du maïs et que cela a même permis la plantation d’une deuxième parcelle.
Leonel m’a convaincu. Abandonner maintenant serait une bêtise. Le poulailler est magnifique, bien bâti et les poules qui sont le résultat d’un croisement qu’il a réalisé lui-même seront plus résistantes aux parasites. J’ai vu des gens passionnés, travailleurs et volontaires, fourmillant de projets et d’idées et ne demandant qu’à être appuyés financièrement pour continuer. Alors je suis revenu sur ce que j’avais décidé et on va continuer mais différemment : on abandonne le maïs qui est une culture trop fragile pour la région et ne rapporte pas assez en terme de récolte et on va planter 500 bananiers qui en donneront 900 la deuxième année. A trois ans, la ferme pourrait être proche de l’équilibre.
La journée s’est terminée avec la distribution des vêtements que vous m’aviez confiés (plus de 60 kilos grâce à Air France et notamment le Commandant Laurent Biraud). Si je dois garder un souvenir de  cette journée, ce sera cette petite fille qui avait repéré une paire de sandales blanche avec deux grosses pétales de cuir habillés de “diamants“ et qui, me les pointant du doigt, me demandait silencieusement de les essayer. Je lui ai passé aux pieds afin de vérifier sa pointure : elles lui allaient parfaitement. Ma petite Cendrillon releva la tête avec un sourire incroyable (ils sont d’ordinaire très pudiques avec les “yovos“, les blancs) et ses yeux semblaient m’interroger : “elles sont vraiment à moi ??“ Là, j’ai senti en moi un immense sentiment de joie et puis quelques larmes ont mouillé mes yeux. Je lui ai souri pour lui signifier qu’elle pouvait les emmener avec elle et je l’ai regardé s’éloigner en riant et criant dans son dialecte que je ne comprends pas. Nous ne sommes pas dit un mot mais nous nous sommes dits beaucoup de choses. Elle n’avait jamais rien possédé de si précieux ; des chaussures qu’en Occident, nous jetons tous les jours quand nos enfants ne rentrent plus dedans ont comblé les rêves d’une petite africaine…
Malheureusement, il n’y en a pas eu assez pour tout le monde. 3000 enfants à habiller, c’est trop… Les petits étaient tellement nombreux, massés autour de la “Case des Enfants“ où les essayages avaient lieu, que l’escalier d’accès s’est effondré sous le surpoids. Quand je suis sorti sur la terrasse pour comprendre la cause de ce tumulte, une foule s’est mis à m’interpeler et à scander mon nom “Jeff, Jeff !“, me demandant quelque chose, n’importe quoi, tendant des bras dans ma direction, m’implorant de leur donner à eux aussi un tee-shirt, un short, une paire de chaussures… C’était assez frustrant et gênant d’entendre tous ces enfants crier mon nom comme si j’étais une divinité capable de multiplier les paires de chaussures, un dieu capable d’accomplir des miracles. Malheureusement, je ne suis qu’un homme et j’ai dû battre en retraite, m’enfermer pour attendre que le calme revienne. Cela a duré trop longtemps et leurs cris raisonnent encore dans ma tête.
Voilà pour ce long récit de mon séjour à Togbota et des décisions qui ont été prises. Il faut continuer à financer cette association pour que je puisse m’occuper désormais du dispensaire public qui a un besoin URGENT de travaux.

 
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Ça y est le billet est acheté, le visa est en cours de validation, j’ai presque fini ma collecte d’argent frais (5 285,50 € à aujourd’hui) et je commence ma collecte de vêtements, de médicaments et de matériel en tout genre. Mon ami Laurent Biraud, commandant de bord chez Air France (j’adore écrire “mon ami commandant de bord“, ça en jette grave) va faire en sorte que le chef d’escale à Marseille m’autorise à embarquer un peu plus de 46 kilos de bagages. J’ai déjà récolté du matériel de dentisterie, des brosses à dents, quelques médicaments, bandages, des sacs entiers de vêtements et de chaussures, et je passe mardi récupérer à la SMC des téléphones portables avec leurs chargeurs. Les nouveaux dirigeants de la banque ont un cœur gros comme ça, comme quoi, la finance n’empêche pas la générosité.
J’ai ouvert un compte bancaire vendredi à la BOA (Bank Of Africa) en francs CFA ce qui favorisera les transferts d’argent. J’ai pris à ma charge tous les frais bancaires, frais de transfert, de dépôt afin que chacun des euros qui m’ont été confiés aille sur le terrain. A chaque dépôt de chèque, il faut que vous sachiez qu’il y a 8 € de frais pour moi, idem pour les transferts sur place etc.
L’association “Les Enfants de Togbota“ est sur les rails. Maitre Thierry Chareyre, avocat au barreau de Marseille et Christophe Polidori, commissaire aux comptes et expert comptable, respectivement secrétaire général et trésorier sont en train d’en superviser les statuts (message personnel à leur attention : ce serait bien de vous sortir les doigts du cul et de bosser un peu. Vous avez une chance incroyable de gagner deux places au Paradis en formule all inclusive alors bougez-vous le derche).
Sur place, mon ami Eugène m’attendra à l’aéroport et nous n’aurons pas trop d’une semaine pour rencontrer les personnes que je vais employer pour faire tourner la boutique. Nous allons garder, je l’espère, Constance qui s’occupe de la case des enfants depuis deux ans et Leonel, l’ouvrier agricole qui gère la ferme solidaire. Je vais également voir de quoi a besoin le dispensaire pour fournir les soins nécessaires aux habitants du village.
Comme à chaque fois et encore plus cette fois-ci, je vais être assailli de demandes et suppliques mais il faudra que je sache dire non. J’ai bien peur que les habitants du village ne comprennent pas que je ne remplace pas Urgence Afrique mais que je reprends une toute petite partie des actions que l’ONG menait sur place.
Je vais endosser un autre costume cette année et je n’en apprécie pas trop les coutures. J’ai déjà l’impression que le costume de “président d’association humanitaire“ est trop grand pour moi et je ne sais pas dans quelle galère je m’engage. Je vais devoir rencontrer le chef du village, les propriétaires terriens pour négocier avec eux et je ne suis pas fan… Heureusement que vous êtes là et que demain, vous serez rejoints par des centaines d’autres, quand l’association sera sur pieds (message personnel à Maître Char… je l’ai déjà dit ?)
Dans 8 jours, je serai sous une chaleur écrasante et sous la pluie (c’est la saison des pluies qui commence), à crapahuter dans la boue jusqu’aux chevilles avec des moustiques comme compagnons et deux bouteilles d’eau pour faire ma toilette. J’ai hâte d’y être pour vous raconter cette nouvelle expérience sur place.
Stay tuned !


J’ai vécu beaucoup de Noël (du fait de mon âge avancé). Les plus beaux restent ceux que j’ai vécus en compagnie de mes enfants lorsqu’ils étaient encore trop petits pour découvrir que le Père Noël était un usurpateur, un mensonge barbu destiné à vendre du Coca-Cola et des biens de consommations à une population en perte de repères.
Je me souviens en particulier de certains petits matins extraordinaires où les regards hallucinés de mon fils et ma fille le disputaient à l’avidité avec laquelle ils se jetaient sur leurs cadeaux. Leurs yeux brillaient de mille feux incandescents lorsqu’ils découvraient que durant la nuit, un étrange visiteur était venu déposer leurs cadeaux au pied du sapin. Je me remémore notamment un Noël où nous avions déposé des dizaines et des dizaines de petits paquets sur le paillasson de l’appartement où nous nous trouvions et qu’un complice avait sonné à la porte pour ensuite se cacher dans les escaliers. Je me souviens encore de la tête de mon garçonnet qui n’en revenait pas de voir l’impressionnant monticule qui le toisait.
Aujourd’hui, Noël a perdu de sa magie et ils attendent sans trop de ferveur des cadeaux qu’ils ont choisi bien souvent eux-mêmes. La surprise et l’étonnement sont feints par politesse mais tout cela a un goût un peu fade pour moi qui les ai vu chavirer de bonheur et de joie en déchirant frénétiquement le papier cadeau opaque qui occultait à leur appétit d’enfants les merveilles que le Papa Noël leur avait choisies après lecture de leurs lettres ; longue liste de souhaits et de prières souvent exaucées.
Mardi, j’ai fait un bond en arrière et je suis retourné à l’essence même de l’esprit de Noël. Un Noël à Togbota, c’est être un explorateur qui découvre un continent, un anthropologue dénichant des idéogrammes prouvant l’existence d’une civilisation inconnue. Vous avez l’impression d’être au cœur même de “l’esprit de Noël“. Ici, point de sapins, de guirlandes, de cadeaux et de messes ennuyeuses et convenues. Ça chante partout, cela danse, crie, joue, prie… Les enfants courent en riant et en tapant sur des tam-tams improvisés à partir de casseroles recouvertes d’un simple sac en plastique tendu. Ils frappent avec frénésie sur des assiettes en plastique à l’aide d’un bâton de bois ramassé à même le sol ou ils font bruler des bougies sur de grands plateaux couverts de modestes offrandes : bouteille en plastique vide, petits piments, banane etc. Ce qui pourrait sembler famélique à l’occidental est féérique pour eux et cette joie est diablement contagieuse.
Pour l’occasion, j’avais emmené de France un bloc de foie gras et une demi-bouteille de Champagne (ma valise pesait déjà 28 kilos et je n’ai pas pu prendre plus de choses). Nous avons été 15 sur la bouteille de Champagne et les chanceux qui ont pu tremper leurs lèvres dans les coupes en plastique que nous avions trouvées au Super U de Cotonou ont réagi en tirant de grands sourires : “c’est bon !“ articulaient les apprentis sommeliers curieux de goûter pour la première fois de leur vie à cette étrange breuvage. Le foie gras n’a pas fait long feu non plus et faute de pain, certains l’ont dégusté sur des bananes plantains… Pas sûr que Ducasse approuve mais la marchande de pain la plus proche était à 2 heures de route et de pirogue…
J’avais également emmené de quoi écouter de la musique et nous avons dansé toute la soirée à en faire trembler la terrasse en bois de la case où se tenaient les Agapes. Les enfants exultaient et nous chantions à tue tête des chansons d’Eddy Mitchell ou de Dave dans un désordre bon enfant.
Il semblait surnaturel d’entendre “Du Côté de chez Swan“ hurlée par des enfants qui ne comprenaient rien de ce qu’ils chantaient mais qui répétaient les paroles que je prononçais.
Nous nous sommes faits dévorer par les moustiques mais peu importe : nous étions vraiment heureux d’être là. Lucie, la bénévole qui m’accompagnait durant ce séjour, m’a confié que c’était le plus beau Noël qu’elle ait jamais passé sur Terre et je veux bien la croire.
Le lendemain, nous avons distribué les vêtements que les donateurs nous avaient confiés et nous avons encore fait des heureux par dizaines.
Je finis ce texte de France où je viens d’atterrir. Dur dur de reprendre pied dans un pays qui est pourtant le mien et que je n’ai guère quitté très longtemps, mais qui semble s’éloigner de plus en plus de l’essentiel.
Je sais que ce spleen ne durera pas et que la réalité des choses reprendra le dessus. Je me ferai à nouveau à ma vie gâtée d’occidentale mais Dieu que la transition est difficile…
Reste le bilan plus que positif de cette expédition : un château d’eau bâti, un puits avec une pompe alimentée par un groupe électrogène flambant neuf, un système d’irrigation couvrant 4 hectares de cultures, un pulvérisateur à moteur, 50 kilos d’herbicide, tout le matériel nécessaire pour la construction d’un poulailler, une dizaine de téléphones portables distribués, près de soixante kilos de vêtements donnés, des médicaments pour le dispensaire, 4 tables et 14 tabourets fabriqués et achetés pour l’ouverture d’un petit maki (restaurant béninois placé sur le bord de la route) qui va sauver de la misère un homme sans travail.
Un proverbe africain dit : “si tu as de nombreuses richesses, donne ton bien. Si tu possèdes peu, donne ton cœur“. J’ai l’impression d’avoir convoyé un peu des deux en me rendant là-bas.
Merci à tous les donateurs pour m’avoir donné leurs biens ET leurs cœurs.

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Aujourd’hui nous avons pris la piste pour rejoindre le village reculé de Togbota que j’ai découvert il y a 4 ans en me perdant en Afrique. Il est amusant de constater que c’est en voulant me perdre que je me suis trouvé, au milieu de toute cette humanité et ce fleuve de gentillesse qui coule de toute part dans ce petit pays qu’est le Bénin.
Là-bas, j’ai retrouvé tous ces visages qui me sont devenus familiers au rythme annuel de mes visites puis nous sommes allés immédiatement en pirogue à l’endroit où la ferme solidaire a été établie. Placée sous la férule de Lionel, un jeune homme fraichement sorti du lycée agricole de Cotonou, la vision de cette ferme m’a ému. Oui, ému. J’ai rarement ressenti un tel sentiment de fierté. Pourtant, j’ai la chance d’exercer un métier artistique qui me place assez souvent en lumière. J’ai connu le succès au théâtre, sur des scènes nationales, des diffusions en prime-time sur TF1 et encore récemment, sur la scène de l’Espace Julien, j’ai récolté une flopée d’applaudissements dans une pièce très personnelle que j’avais écrite seul. Cela aurait du être l’acmé de ma fierté et pourtant, non. Ce que j’ai ressenti hier était moins tonitruant, moins bruyant, plus discret mais plus fort. Ce succès était moins personnel aussi, c’est sans doute aussi pour cela que j’ai ressenti une telle vague de chaleur monter en moi. Le succès est plus fort quand il est sécable.
Tous les donateurs étaient avec moi dans ce champs écrasé par la chaleur et l’humidité, à contempler notre œuvre : un château d’eau était en train de s’élever sous la truelle de maçons appliqués, un puits creusé attendait sa pompe et le système d’irrigation se dessinait grâce aux piquets plantés dans le sol par une équipe d’hommes qui mesuraient et choisissaient avec précision l’emplacement des rigoles en fonction du dénivelé du terrain.
Devant moi, 4 hectares de plantations et une phrase prononcée par Lionel qui m’a fait chaud au cœur. Alors qu’il m’expliquait un tas de choses en rapport avec les plantations (dont je n’ai pas compris la moitié, faisant mourir une à une, les plantes que je ramène d’Ikea), il a sorti : “la sécheresse est terrible cette année et je dois dire que le château d’eau est une bénédiction. Il va sauver notre saison.“ Quand vous entendez ça, vous vous dites que toute l’énergie passée, tout le temps consacré à collecter des dons n’a pas été vain. Non seulement, cette installation va sauver LA saison mais également toutes celles à venir puisqu’elle est là pour un long moment…
Une femme courbée dans un champs, portant l’habit traditionnel, ramassait des piments dans cette nouvelle ferme solidaire et Lionel m’expliquait qu’il avait fallu faire un gros travail de persuasion auprès des hommes et des femmes du village qui ne croyaient pas que la sécheresse puisse être vaincue par un tel système. La modernité, ici, est regardée de travers. Ils sont en train de se rendre compte, hagards, que la culture est possible même sans pluie.
Une moto pompe (financée par les donateurs) sera installée lundi pour pomper l’eau et alimenter le château d’eau. Fin des travaux prévus : jeudi. Ils ont mis les bouchées doubles pour que j’assiste à la fin des travaux et 8 personnes travailleront mardi encore sur le chantier du château d’eau, sans compter ceux qui bossent sur le système d’irrigation. Ce n’est pas le tunnel sous la Manche mais ça y ressemble.
Avec l’argent qui nous reste, nous allons acheter lundi un pulvérisateur à moteur, du matériel pour bâtir un poulailler (dont la fiente servira d’engrais) et de l’engrais chimique qui couvriront tous les besoins agricoles pour 2014.
Elle est pas belle la vie ?

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Bientôt les habitants de Togbota aussi, auront leur château d’eau ! Grâce à vous. Car, oui, on y est arrivés ! J’ai collecté 4 440,00 € ! Quant à Lucie, la bénévole qui va m’accompagner pour ce voyage, elle a récolté de son côté 695 €. L’argent qui est “en trop“ servira à l’achat de fournitures scolaires.
Mais nous partons également avec 92 kilos de marchandises que vous m’avez confiées : costumes, chaussures, tee-shirts, chemises, shorts, affaires pour bébés, médicaments, lunettes de vue, téléphones, appareils photo, on m’a même donné un fax ! Bref, tout est réuni pour faire plaisir et construire un bâtiment “en dur“ qui soit pérenne et qui apporte à la population une vraie solution pendant les périodes de sécheresse.
Vraiment un grand merci à tous les donateurs car ce n’était pas gagné au départ. On m’avait même orienté vers un site internet de collecte de dons répondant au nom étrange de kisskissbankbank mais un monsieur a répondu à ma demande de candidature que mon dossier était “trop léger“ pour eux et que j’aurais, selon lui, “du mal à récolter“ les 1 500 € que je visais… Vous verriez pourtant les dossiers qui sont acceptés ! Et les sommes indécentes qu’ils arrivent à collecter  !! Plus de 4 000 € pour une pièce de boulevard écrite du pied gauche et abordant avec finesse et un certain sens de l’à propos la drolissime thématique des “belles mères“, sujet rarement abordé au théâtre… Bref, il faut de tout pour faire un monde et je ne juge pas.
Mon dossier était peut-être trop léger pour ce “monsieur“ mais nous partons avec près de 5000 € là-bas et nous allons faire des milliers d’heureux !
Alors encore une fois : merci à tous les donateurs. Dans une semaine, un tas d’enfants et de parents se promèneront sur les chemins boueux qui serpentent entre les cases du village, avec VOS affaires sur le dos. Merci de votre confiance surtout pour tout l’argent que vous m’avez confié.
Je peux vous garantir que pas un euro n’ira se perdre en frais divers et variés et qu’ils seront TOUS consacrés à l’érection de ce château d’eau, la construction d’un système d’irrigation et l’achat de fournitures scolaires nécessaires pour faire tourner l’école.
Cochon qui s’en dédit !

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