Je hais le soucis du détail

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L’autre soir, je suis allé dans un bar à la mode accompagné d’une amie qui tente hebdomadairement de me faire sortir le bout de mon nez dans des lieux branchés. Ce n’est jamais le même car, à Marseille, un endroit branché devient très vite ringard et il faut pouvoir suivre l’actualité nocturne pour coller à l’endroit où il faut être vu (ceci dit, c’est rarement Hippopotamus ou Buffalo Grill qui font la première page).
Ma cavalière est bien renseignée et je la suis donc les yeux fermés dans des troquets où je n’aurais jamais mis les pieds si elle ne passait pas me récupérer en bas de mon immeuble dans son carrosse métallisé.
Dans ce bar, elle me présenta un ami à elle qui pris place à côté de moi. Ne sachant trop quoi lui dire et mon ennui restant hermétique à l’absorption de Mojitos, je décidai d’entamer la conversation en lui demandant ce qu’il faisait dans la vie. Erreur. Il faisait parti de cette secte, de cette catégorie d’êtres humains qui ne peut se contenter d’une réponse sibylline et précise. Alors qu’il aurait pu m’expliquer être dans la gestion de patrimoine, ce qui aurait provoqué chez moi une mou faussement intéressée ; il entreprit de m’indiquer avec précision où étaient situés ses bureaux. Je vous le demande : qu’est-ce qu’on en a à foutre ? J’aurais voulu lui faire comprendre que ce renseignement était superflu et qu’il n’enluminait absolument pas le (déjà) pénible et ennuyeux récit de son activité professionnelle ; mais non, je l’ai regardé ânonner des noms de rues et de ronds points dont je n’avais jamais entendu parler.
Je vidais d’un trait mon verre de Mojito en espérant que cela calmerait l’exaspération qui montait en moi à la vitesse du déficit commercial français mais il n’en fut rien : l’homme était toujours empêtré dans ses explications topographiques dont je me branlais la nouille avec la dextérité d’un taulard de QHS. Vous connaissez certainement ce genre de type qui ne peut s’empêcher de morceler son récit de détails inintéressants dont il a un mal fou à se souvenir :
“Je travaille avec le cabinet Machin, vous savez, il est sur le…  la… Ah merde ! Vous voyez où je veux dire ? Vous le connaissez, non ?… Mais si, il est à côté de la rue de… Merde comment elle s’appelle cette rue ?! Je connais qu’elle ! Ah zut ! Elle est en sens unique… Attendez, vous voyez le Spar ? C’est bien un Spar, hein ? Ou peut-être un Daily Monop… bon et bien le cabinet Machin, il est au bout de la rue, sur la gauche. Enfin, ça dépend parce que si vous arrivez de l’autre côté, c’est à droite… enfin non car on peut pas tourner…“
Vous le regardez bégayer, chercher ses mots, reconstituer mentalement le plan de la ville et vous n’avez qu’une envie : le dépecer sur place et lui demander alors qu’il agonise : “mais qu’est-ce que tu veux que ça me foute d’avoir l’adresse du cabinet de merde avec lequel tu bosses ??? A la limite, dis-moi ce que tu fais avec eux mais joue pas à Tom Tom avec moi !!!! Tu comprends ? Connard !??“ 
C’est le genre de type qui, s’il savait qui avait tué Kennedy, passerait 10′ à vous parler de Dallas et de son réseau de transport avant de vous balancer l’info. Horripilant.
Je suis resté stoïque face au GPS humain et je l’ai finalement interrompu alors qu’il remontait une bretelle d’autoroute. J’ai prétexté une envie pressante et je suis allé prendre ma respiration dans les toilettes de l’établissement, ce qui, compte tenu de l’hygiène des lieux, présentait un bel exploit. A mon retour, il parlait avec mon amie et je me suis alors précipité au bar. Vous voyez lequel, non ? Mais si, sur le Vieux Port… c’est THE endroit à la mode. Il est à côté du… Près de la place où il y a le… Oh merde comment il s’appelle déjà ce restaurant ?…

36 Responses
    1. Mais non Lolobuz, c’est une ex qui s’est fait rejoindre par son charmant (et jeune) tourtereau. Vous parlez d’une drague ! Me retrouver avec Tom Tom coincé dans un endroit bondé…

  1. cambresine

    Bonjour !
    ça fait longtemps…….faute de temps!
    mais quel plaisir de lire votre magnifique prose !
    bravo ! très sincèrement bravo !

    1. Quel bonheur de vous revoir. Je pensais vous voir réagir sur mon expédition béninoise mais je suis ravi de vous lire à nouveau. Merci de vos compliments qui me touchent.

  2. cambresinec

    Pierre et lolobuz archétype de la conversation de machos !
    Ce n’est pas avec ce genre de propos que vous trouverez des jeunes , jolies et intelligentes!
    Même les poupis risquent de vous bouder !
    Ca ne paye plus le machisme mes amis !

  3. celles que vous trouvez alors, doivent être étudiantes en psycho ou sociologie et préparer une thèse sur le machisme !
    il y a bien une ethnologue de haut niveau qui était allée jusqu’à épouser un chef massaï pour écrire une thèse sur la sexualité de cette ethnie!

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