Une journée éreintante (suite)


Chose promise, chose due, voici la suite de ma longue journée de lundi.
Je suis rentré avec tout le matériel agricole entassé dans un taxi brousse de marque Toyota qu’il aurait été impossible à dater de manière précise sans Carbone 14 mais disons qu’il avait du rouler quelques milliers de kilomètres sur les routes de Nagasaki ou d’Hiroshima avant de finir ses jours sur une côte africaine. La tôle était percluse de trous, ma vitre ne se baissait plus, le compteur de vitesse que l’on voyait poindre sous une épaisse couche de poussière, n’indiquait plus rien depuis un moment. Tout semblait en panne et “gâté“ comme on dit ici, à part le moteur qui tournait au ralenti.
Les ceintures de sécurité avaient dû exister à un moment mais il ne fallait rien espérer de ce côté là en cas d’accident. Ni d’aucun autres côtés du reste.
Le chauffeur conduisait pieds nus et il a passé le temps que nous sommes restés enfermés dans l’habitacle surchauffé à klaxonner (le klaxonne est à l’automobiliste béninois ce que le gyrophare est aux marins pompiers marseillais). Ici, on ne klaxonne pas pour exprimer sa colère mais pour avertir les autres que nous roulons.
A un moment donné, le téléphone du chauffeur de maître se mit à sonner. Posé sur le tableau de bord devant moi, j’avisais un vieux téléphone Nokia qui tenait à l’aide d’élastiques fatigués. Le capot arrière ne protégeait plus la batterie de la poussière puisqu’il avait tout simplement disparu. Je me suis permis de m’en saisir et de le tendre à mon chauffeur pour lui éviter de tendre le bras et vous savez ce qu’il m’a répondu ? “C’est interdit de téléphoner en conduisant.“ Je n’en revenais pas. Sa voiture était un vrai danger public, un engin de mort prêt à faucher du piéton étourdi, il conduisait pieds nus et avait déjà commis en quelques centaines de mètres plus d’infractions que Gérard Depardieu en toute une vie mais il ne téléphonait pas en conduisant !
Une fois rentré et après avoir déchargé la voiture de Monsieur Prudent, j’ai dû repartir avec mon ami Wilfried, un homme dont j’ai fait la connaissance en 2009 et qui est venu me chercher en mobylette. N’étant plus payé depuis 3 mois par son employeur (un français expatrié qui est rentré au pays en omettant de lui régler ce qu’il lui doit), il se retrouve dans la misère (la misère vient vite ici) et m’a demandé de l’aide. Souhaitant retrouvé son indépendance, il s’est mis en tête d’ouvrir un restaurant (un maki selon l’expression locale) et moi j’ai décidé de l’aider (sur mes fonds propres). Je lui avais promis de lui acheter tout le mobilier nécessaire pour ouvrir son établissement : 4 tables et 14 tabourets en bois. Et me voilà, traversant à nouveau la ville juché à l’arrière de sa moto, en direction d’un menuisier de sa connaissance.
Quand je suis arrivé chez l’artisan qui ne s’appelait pas Joseph mais Innocent, j’ai rapidement compris que je n’étais pas chez Meublena et que le choix se limiterait au bois utilisé : cagette ou acajou. Sinon, le design proposé était assez sommaire. Epuré comme dirait “Elle Déco“ : un rectangle avec 4 pieds pour les tables et un carré avec 3 pieds pour les tabourets. Après avoir serré la main calleuse du patron, on s’est mis à “discuter“ du prix… C’est toujours ce qui prend le plus de temps ici : la négociation. Après un long moment où nous avons fait mine, chacun notre tour, de cesser toute discussion, nous sommes convenus d’un prix raisonnable avec une livraison impérative avant que je ne parte : vendredi 18h00.
Mais ma journée n’était pas finie pour autant… Il m’a fallu ensuite accompagner Eugène et sa famille au grand complet au “Village de Noël“. Un parc d’attractions rempli de manèges d’un autre temps. Il va s’en dire que je n’étais pas rassuré de monter dans des nacelles qui faisaient un bruit d’enfer à chaque fois qu’elles se mouvaient. Des pistons couinaient et la machinerie faisait un bruit anormal par manque d’entretien. De la pression s’échappait aussi soudainement que bruyamment de quelques tuyaux et on se serait cru dans la salle des machines du “Titanic“. Sans doute qu’il devait manquer quelques pièces mécaniques essentielles à la sécurité de l’ensemble mais cela ne semblait pas inquiéter la population locale aisée, trop heureuse d’échapper un court instant à la loi de la gravité. Un responsable de l’Apave aurait fait un malaise en voyant que des gens montaient sur ces attractions qui avaient du faire les beaux jours des enfants occidentaux des années 70.
Sur le sable sur lequel avait été implantées les diverses animations, il y avait des sapins de Noël décorés de guirlandes et même le père Noël (qui était noir celui-ci) était présent à l’entrée du “parc“ pour accueillir les enfants : surnaturel.
Le soir, je peux vous dire que je n’ai pas trainé pour aller me coucher. Demain, nous partons au village fêter Noël avec tous les enfants. Cela promet aussi du surnaturel…

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