Des vieux et des urgences

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Je croyais que cette journée allait être une journée consacrée à la glande et à la détente. Un DVD tout neuf sous blister attendait que je le visionne, confortablement installé dans mon lit king size avec 2 oreillers dans le dos pour me tenir dans un angle parfait par rapport à la télévision fixée face à moi. Les bières étaient au frais, le Coca Zéro contenait encore suffisamment de gaz carbonique pour satisfaire un palais connaisseur en matière de cola et puis… Hier soir, j’ai reçu un appel de Ludovic, un homme charmant travaillant pour les Petits Frères des Pauvres, qui me demandait si j’étais libre aujourd’hui pour accompagner des personnes âgées à la gare. “Plouf“ a fait mon rêve de glande telle une bulle de savon qui explose en l’air…
J’ai mis le réveil et j’étais à 8h45 pétante au siège de l’association. Certaines personnes m’ont reconnu de la télé mais le plus troublant a été d’être reconnu par rapport à mon blog ! Oui, une dame s’est approchée et m’a dit “c’est vous qui avez un blog sur Internet ? J’aime beaucoup ce que vous écrivez etc.“ et de me citer des phrases entières d’un texte ! J’étais flatté et en même temps assez horrifié de constater que je ne pourrais bientôt plus écrire “tout ce qui me passe par la tête“. Il faudra peut-être que je me censure, que je ne raconte pas “tout“ car sinon, je risque de blesser certaines personnes. C’est assez contradictoire en fait : on écrit pour être lu mais on écrit aussi pour prendre du recul par rapport à ce que l’on vit. On pose ses angoisses, on se défait de son stress à travers des textes que l’on rédige pour soi et on constate que tout cela vous échappe et c’est assez déconcertant.
Je ne crois pas qu’il y ait matière à paniquer car pour l’instant, je n’ai reçu que des compliments mais le jour où on viendra me trouver pour un article qui aura déplu ou blessé… je risque d’être bien mal à l’aise. Mais tant pis, j’en prends le risque : j’ai envie (besoin) de vous raconter ce que je ressens et tant pis si cela déplaît après tout.
Donc, après 45 minutes d’attente dans les locaux, nous sommes enfin partis au volant d’un Kangoo gris clair climatisé (sur le papier seulement) chercher 2 personnes devant partir en vacances pour 10 jours dans le Nord de la France. J’ai redécouvert les joies de la conduite automobile dans Marseille et j’ai du CONSIDERABLEMENT adapté mon style de conduite aux pensionnaires que j’avais dans le véhicule : respect des feux rouges (à part 1 ou 2 que j’ai “glissé“), respect des stop, vitesse limitée à 50 en ville… Je bouillais (au sens propre comme au sens figuré vu que j’avais, à ce moment précis, compris que la clim ne marcherait jamais) dans ce véhicule, fonctionnel mais très laid.
Chantal et Saïd, mes 2 pensionnaires, étaient très gentilles. 59 ans pour l’une et beaucoup plus pour l’autre dont je n’ai pas compris un traitre mot de tout le temps qu’a duré le trajet jusqu’à la gare Saint Charles. C’est assez embarrassant de ne rien comprendre à ce que l’on vous raconte, alors on agite la tête, on murmure des “hum hum“ et on compte sur les autres pour traduire ou monopoliser la parole à tout le moins. Chantal a très bien tenu son rôle de pipelette et je sais tout désormais de la préparation des légumes farcis et de sa vie sentimentale passée. Ils ne semblent pas avoir connu des vies heureuses et je trouve génial que leur vieillesse se passe du mieux possible. Ils avaient l’air enchanté de partir en vacances et cela faisait plaisir de porter leur petites valises dans lesquelles ils avaient empaqueté de quoi se vêtir pour 10 jours. “Je vais mettre l’ambiance là-haut“ m’a promis Chantal et, bien que la connaissant peu, je lui fais déjà une confiance aveugle pour y arriver.
Après cette mission bien minime, qui avait pour but de mettre au train 2 personnes sans ressources, je suis allé à l’hôpital montrer ma cuisse qui ne désenfle pas. 3 heures d’attente pour une échographie ! Résultat : je dois y retourner demain pour une “ponction sous échographie“ par le professeur Cohen. En gros, on va me retirer 100 ml de liquide dans la cuisse droite avec une grosse seringue… Rendez-vous à 9h00 là-bas. J’espère que je n’attendrais pas trop longtemps car j’ai des petits vieux qui m’attendent pour une belote Cours Belsunce !

11 Responses
  1. Chère Breeny,
    Figurez-vous que le sang a trop coagulé et malgré 2 ponctions avec des seringues de la taille d’un biberon, ils n’ont rien pu retirer. Je dois attendre 3 semaines que cela se liquéfie et retourner sur le billard… C’est gentil de prendre de mes nouvelles ceci dit.
    Concernant la belote, je n’y ai pas joué mais j’ai écouté et discuté avec des gens appartenant à un monde bien différent du mien. Il semblerait que nous ne soyons pas égaux sur Terre… Je vous raconterai.

  2. Lolobuz

    blindez vous Jeff, la misère sociale tire plus vers le bas que vers le haut
    bon courage pour la ponction 😉

  3. haight harveyH

    ho ! hé ! hein ! bon,! je croyais que ton article etait sur les vieux, non,mais ! que des commentaires sur ton bobo à la jambe !!!chochotte,va ! de toute façon quelqu’un qui se dit connaisseur en coca cola et qui s’extasie pour du coca zero c’est comme un expert en vins qui apprecierait du margnat village,ou du KIRAVI,tu es trop jeune pour avoir connu le Margnat village
    tu sais ce qu’ils te disent les vieux de plus de 59 ans …………… bizzzz harvey

  4. C’est ballot cette histoire de sang qui ne coopère pas! J’espère que ça se passera mieux la prochaine fois. Enfin … virez pas hémophile non plus hein 😉 !
    Votre témoignage sur les rencontres faites à l’association et la façon dont vous présentez ces gens sont très émouvants. En effet, pas besoin de partir bien loin pour ce rendre compte que même en France et même des fois chez votre voisin de palier la grande pauvreté et le désarroi sont bien présents…
    Et comme vous le dites si justement, ce sont ces gens là qui sont le plus discret et qui trouvent en plus l’énergie d’aider les autres.
    Il y a longtemps moi aussi j’ai connu ce système, avec un bébé d’à peine 1an. La solitude même si on est entourée, la honte. Mais surtout cette pudeur qui vous pousse à cacher la réalité aux autres. Coûte que coûte. J’ai eu plus de chance que certains. Je m’en suis sortie. Mais je n’ai jamais oublié et aujourd’hui je sais la chance que j’ai et je veille à ce que mes enfants aient bien conscience de la leur aussi. Je n’édulcore pas leur vision de la vie. Ils faut qu’ils sachent que tous n’ont pas la même chance. Que tout se mérite et que rien n’est jamais acquis.
    C’est une belle expérience qui s’est présentée à vous. Et s’est tout à votre honneur d’avoir eu le courage de tenter l’immersion dans cette France dont beaucoup détournent le regard.
    Parce que c’est bien connu hein, si on ne le voit pas, ça n’existe pas!
    Bonnes vacances et merci pour les sketchs de départ! J’me suis bien marrée!

  5. Natacha

    Vous êtes très touchante breeny.La France est un beau pays,la solidarité nationale sera toujours insuffisante mais elle reste forte, qu’elle soit financière ou humaine.C’était encore le mot d’ordre de notre premier ministre aujourd’hui.C’est bien Jeff ce que vous faites,même si vous avez des doutes.

  6. Merci Breeny et Natacha pour vos messages. J’ai vécu une journée un peu étrange avec quelques moments difficiles à vivre et j’ai été ravi de trouver vos messages. Merci beaucoup beaucoup. Vous êtes de belles personnes, ça se voit… même si je ne vous connais pas.

  7. Je me souviens très bien de vous Breeny. Vous êtes une jeune femme étonnante et votre parcours, rapidement évoqué ensemble, m’avait intrigué à l’époque. Il est bon de savoir que des gens comme vous existent dans tous les cas. Vous vous occuperez de moi quand je serai vieux et sénile ?

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