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François Ranise est un mec bien. Un patron humaniste et vertueux que j’ai rencontré il y a quelques années au CJD (Centre des Jeunes Dirigeants). Ma première impression fut de me demander comment un type aussi “hors norme“, aussi généreux et humain pouvait réussir à diriger une entreprise d’une vingtaine de personnes, faisant de confortables bénéfices (redistribués en grande partie aux salariés), leader dans son domaine (les travaux acrobatiques) à Marseille.
Avant lui, je pensais que pour réussir il fallait écraser et monter sur les autres pour grimper l’échelle sociale. Ma rencontre avec lui fut déterminante dans mon parcours initiatique au sein du CJD. J’y ai appris qu’on peut gagner de l’argent et réussir sans considérer ses employés ou ses fournisseurs comme des esclaves. C’est d’ailleurs durant mes années CJD que j’ai “changé“ de vie et vendu ma société de conseil en communication.
François n’a pas changé, lui, et aujourd’hui encore il est à l’initiative d’un projet pour aider à désenclaver les quartiers nord. Il est en train de mettre en place des navettes pour les salariés travaillant dans des zones où les transports en commun sont absents faute de volonté politique.
S’il y avait plus de François Ranise à Marseille, la vie serait assurément plus jolie. Je vous laisse le découvrir.

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Ça y est, je suis rentré de Hong-Kong dimanche soir et j’ai retrouvé ce merveilleux pays qui attire chaque année le double de sa population en touristes et autres étrangers amoureux des beautés façonnées par notre glorieuse histoire.
J’ai complètement réalisé être rentré en France lorsque je suis arrivé à Marseille (qui n’est pas vraiment la France me direz-vous) et que je suis monté dans la navette opérant la liaison avec le centre ville de la capitale phocéenne. Là, se tenait debout un chauffeur à l’accent des quartiers nords de la ville, lunettes de soleil lui couvrant une large partie du visage posées sur le nez, la peau parsemée d’une barbe de quelques jours. Diamant à l’oreille, il portait une chemise blanche sur laquelle était épinglée un insigne “Navette Aéroport“ qui était le seul moyen véritable de le différencier avec un dealer de shit.
Au “bonjour“ que je lui lançais alors que je pénétrais l’imposante cathédrale de métal et de gomme, ce cardinal de la route me répondit par un son guttural qui pouvait tout aussi bien signifier une salutation grognée qu’un renvoi gastrique dû à une digestion tardive.
Au démarrage de son carrosse, cela commença très fort : un minivan de l’hôtel Ibis voisin de l’aéroport qui était en train de charger un passager, rendait difficile la manœuvre de sortie du car de l’emplacement réservé sur lequel il stationnait, ce qui agaça le chauffeur au point de lui faire dire à haute voix intelligible cette réflexion aussi fine que spirituelle :
putain ! Ça fait 6 fois qu’on leur dit de pas se garer là ! Ils ont vraiment de la merde dans la tête, c’est pas vrai !
A cette locution verbale qui démontrait une certaine propension au versement dans la colère de notre ami routier (ainsi qu’une méconnaissance totale du système digestif humain), un passager qui s’avérait être un membre du personnel de la Chambre de Commerce et d’Industrie qui gère l’aéroport et ses services (dont les navettes) répondit, non sans malice et à propos :
et dire qu’on va être capitale européenne de la culture en 2013…

Rappelons au passage que la CCI est un acteur majeur de cette manifestation qui fait battre tout le cœur de Marseille et que son président, Jacques Pfister, en est un des plus ardents défenseurs. Il s’est démené, avec d’autres, comme un beau diable afin de remporter cette compétition que nous disputaient des villes aussi importantes que Höjkkjl, Petroskovotv ou Piurimicci, capitale du fameux capostericci, ce breuvage fortement alcoolisé qui se boit généralement accompagné de Doliprane. Cette information ne rendra que plus savoureux la suite du dialogue entre nos deux philosophes.
Devant cette interjection pleine d’ironie, le chauffeur du car choisit de risposter en résumant sa foisonnante pensée d’un tonitruant :
– tu parles… ça va être un beau bordel !

Pour conclure cette discussion (qui n’est pas sans rappeler les échanges entre Alfred de Musset et George Sand) le petit homme courtaud grassement rémunéré par la chambre de commerce sortit un vibrant mais pertinent :
– mes couilles oui !

Le car démarra sur cette sentence évoquant l’appareil génital du tribun mais à peine avions-nous fait 50 mètres que le coffre du car s’ouvrit sur le côté droit et laissa s’échapper une valise qui se répandit sur la chaussée avant d’entamer une glissade que n’aurait pas reniée Jean Alesi quand il pilotait encore des Formule 1. Le chauffeur maugréa des propos incompréhensibles pour le béotien que je suis mais je devinais à la façon qu’il a eu de se ranger sur le bas côté de la voie de circulation, qu’il n’était pas euphorique.
Le petit homme courtaud estampillé CCI ne moufta pas non plus et tout le monde descendit afin de vérifier que son bagage était bel et bien toujours remisé dans l’antre du monstre automobile. C’est dans ce genre de situation que l’on prend conscience de l’étendu de l’égoïsme de l’homme : une fois sa valise repérée, on est soulagé et on se moque bien alors de celui qui a perdu ses chemises et ses chaussettes sans oublier l’alcool et les cigarettes achetées en duty free. Il se trouve que très rapidement, le propriétaire de la valise disparue, se fit connaître du lot des passagers qui commençait déjà à remonter dans le car, heureux et fiers d’avoir été épargnés par le mauvais sort.
La soixantaine, français, il ne paraissait pas de “chez nous“ et ne semblait pas acclimaté aux us et coutumes locales dont le chauffeur du car allait vite l’affranchir.
Après avoir vainement cherché la valise de ce pauvre monsieur paraissant totalement désemparé, le chauffeur remonta bredouille et passablement énervé. A la question du malchanceux passager, posée avec tout le calme et l’inquiétude que l’on serait en droit d’éprouver si une telle mésaventure arrivait aux êtres que nous sommes : “et ma valise ? Comment on fait ?“ Le conducteur titulaire d’un permis de transport routier répondit de manière irritée mais avec l’humour qui caractérise les grands hommes quand ils sont confrontés aux afflictions de la vie :
– qu’est-ce que vous voulez que je fasse pour votre valise ?! J’sais pas où elle est, j’suis pas Madame Soleil !
A ce moment là, quelques personnes sont sorties du silence pesant dans lequel cet événement inattendu nous avait tous plongés pour chapitrer le chauffeur qui se vautrait dans la rodomontade la plus abjecte. Je ne fus pas de ceux là car je cultive la lâcheté comme l’agriculteur cultive le blé. Depuis tout petit, j’ai toujours préféré être le spectateur du malheur de mes contemporains plutôt que de jouer un quelconque rôle dans les petits drames du quotidien qui accablent mes semblables, m’évitant par la même leur vindicte et les éventuels coups de boule qui en découlent (voire les tirs de kalachnikov pour la ville où je réside).
Une dame, dont j’admirais avec mutisme le courage, déclara sur un ton courroucé que le responsable de la perte de ce bagage était bel et bien le charretier (au sens propre comme au sens figuré) qui n’avait pas bien vérifié la fermeture de la soute et qui agressait désormais le pauvre ère délesté de ses chaussettes et caleçons. Elle continua avec une détermination et une hardiesse qui fit d’elle une femme que je plaçais immédiatement au même niveau que Jeanne d’Arc, Margaret Thatcher ou bien encore Evelyne Leclerc.
Le malotru pilote ne s’attendait pas à une rébellion d’une telle violence et commençait à céder du terrain et finit par regagner, vaincu, sa place non sans énoncer une dernière pensée, un peu à la manière de ces grands généraux contraints à la défaite face au surnombre ou à une meilleure stratégie de l’ennemi et qui lâchent alors qu’ils parcourent, assis sur leur destrier, le champs de bataille labouré par les combats et maculé de sang, une phrase qui entre dans l’Histoire et qui vaut, bien souvent, bien plus que les médailles des vainqueurs.
– c’est ça ! C’est de ma faute !… Mes couilles, ouais !

Le routier professionnel s’affaissa sur son siège non sans jeter au passage ses lunettes de soleil qui ressemblait à s’y m’éprendre au masque de plongée que portait le Commandant Cousteau quand il descendait dans les profondeurs de l’océan pour observer la femelle poulpe se reproduire (le sigle doré Dolce&Gabbana en plus).
Il reprit la route tout en maugréant jusqu’au parking libérateur de la gare Saint Charles, lieu de son terminus. Je déguerpis bien vite du car pour m’engouffrer dans le métro et regagner un chez moi que j’avais hâte de retrouver tel le soldat se mettant à couvert dans un bunker imprenable.
J’ai eu la joie de découvrir que les plombs avaient sauté durant mon absence et j’ai du vider mon frigo et congélateur à la poubelle… Mes couilles !

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