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Je m’en vais vous conter aujourd’hui une histoire drôle qui m’est arrivée dernièrement et qui révèle chez moi une certaine inclinaison pour le pathétique, un goût immodéré pour les petites lâchetés du quotidien, celle que d’ordinaire l’on tait mais que j’ai choisi de partager avec vous depuis maintenant 6 années.
Disposant dorénavant de tout l’éventail automobile que mes différents permis m’autorisent  à posséder, je gare en bas de mon immeuble un scooter ET une moto. Dans le cadre de l’arrivée prochaine du tramway dans ma rue, les services compétents ont décidé la réfection sur une vingtaine de mètres de la chaussée et des abords de toutes les rues perpendiculaires au futur tracé. Pour des raisons esthétiques à ce qu’il parait. Etrange conception de la beauté quand on refait seulement 20 mètres d’une rue, laissant en l’état le reste du macadam… Réjouissons-nous, je suis dans la bonne partie de la rue.
Dans le cadre de ces nouveaux aménagements, la mairie (ou le service de voirie d’une des nombreuses collectivités locales dont Marseille dépend) a installé des barrières métalliques délimitant l’emplacement des futurs containers à poubelle que nous allons bientôt recevoir. Les emplacements étant pour le moment vides de tout containers et étant habité, depuis ma plus tendre enfance, par une forme de naïveté touchante qui fait chavirer le cœur des femmes et agacent certains de mes contemporains, j’ai vu quant à moi, des emplacements pour 2 roues… “Chouette, la mairie a enfin prévu quelque chose pour les 2 roues !“ me suis-je écrié en découvrant un matin le dispositif décrit plus haut. J’y plaçais donc mon vieux scooter qui rentrait pile poile entre les poteaux métalliques. “La mairie a vraiment bien fait les choses !“ les félicitais-je intérieurement.
Je le laissai là plusieurs jours durant, préférant chevaucher ma grosse cylindrée que mon modeste destrier équivalant à 125 canassons au galop. Alors que je m’apprêtais un matin à enfourcher ma rutilante moto neuve, j’avisais 2 employés de la voirie en train de s’afférer (ce qui est presque aussi rare que de trouver Jean-Claude Gaudin dans une salle de sport) à la pose de potelets anti-parking. Je voulus leur demander si ma moto ne les gênait pas en me garant de la sorte et l’un des deux m’a alors répondu avec gentillesse : “non, non, c’est bon, ça nous dérange pas. C’est pas comme l’autre con qui s’est garé à l’emplacement des poubelles !“. Je regardais dans la direction que le doigt du manuel pointait : il parlait de mon scooter. Deux solutions s’offraient alors à moi : avouer en être le propriétaire ou bien nier. Je n’hésitais pas longtemps devant les options étalées au choix de ma conscience. “Ah bon ? C’est un truc pour les poubelles, ça ?“ interrogeai-je l’homme au gilet fluo d’une voix incrédule. “Ben ben sûr ! Ça se voit non ? Avec mes collègues, ça fait une semaine qu’on guette le mec qui s’est garé là parce que franchement, faut pas déconner ! C’est fou, non ? Faut vraiment avoir de la merde dans les yeux pour se garer là ! J’ai même fait des photos et j’les ai mis sur Facebook car on a jamais vu ça !“ me rétorqua l’homme au casque de chantier solidement vissé sur le crâne, un sourire jaune en coin étirant les traits de son visage, la bave fermentant à la commissure de ses lèvres.
Et c’est là que le stade de ma lâcheté a atteint son paroxysme. J’essayais timidement de défendre “le con“ en prétextant que peut-être, il avait cru que c’était un emplacement pour deux roues avant de céder totalement à ma couardise et de rire de bon cœur avec mon tourmenteur indélicat poussant même le vice jusqu’à enchérir sur ses récriminations : “oui, c’est vrai, qu’il faut vraiment être con !“ Je le saluai d’un clin d’œil complice qui unit d’ordinaire les combattants solidaires d’une même lutte et pris la fuite loin du danger qu’il représentait pour mon intégrité physique. Je n’étais pas fier de moi et je me maudissais d’avoir laissé mon ingénuité croire que la mairie pensait aux conducteurs de 2 roues.
A la nuit tombée, je suis redescendu de chez moi à pas feutré. Lorgnant à droite et à gauche si la voix était libre, j’ai traversé la rue à la vitesse d’un rat d’égout, me suis prestement installé sur la selle de mon scooter afin de le déplacer dans un endroit discret… Euripide disait que le vrai courage, c’est la prudence. Je suis entièrement d’accord avec lui !

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