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Ce matin, j’avais rendez-vous à 9h30 chez Madame Philippi, une podologue de Marseille. Je suis arrivé en avance car je témoigne au corps médical une déférence dont j’ai rarement vérifié la réciprocité. A 10 heures, j’étais toujours dans la salle d’attente toute pourrie avec plein de photos de pieds pas beaux aux murs et des publicités pour nous expliquer comment éviter les mycoses des ongles. J’ai eu un peu envie de vomir mon Ovomaltine vers 9h50 car c’est un peu rude de voir des photos d’ongles faisandés tôt le matin.
Comme j’en ai eu marre d’attendre Madame Philippi, je me suis adressé aux 4 personnes qui attendaient avec moi. Je leur ai demandé à quelle heure ils avaient rendez-vous et ils ont répondu en cœur : “9h30, avec Madame Philippi !“ En plus, ça rimait.
J’ai compris alors que Madame Philippi nous prenait pour des jambons à nous faire tous venir à la même heure sans se soucier de nos agendas ou de nos vies. Cela me fut confirmé par mes congénères : “elle fait tout le temps ça Madame Philippi : elle fait venir tout le monde à la même heure et on attend…“
Je me suis alors souvenu qu’il y a 154 podologues à Marseille et qu’il devait bien s’en trouver un ou deux dans le tas qui respectaient ses clients/patients ; alors je suis parti sous les yeux admiratifs de la salle d’attente qui voyait en moi une sorte de héros des temps modernes, un pourfendeur des abus faits aux consommateurs, un matamore de grossiers personnages…
En partant, je les ai invités à se rebeller eux aussi contre cet abus d’autorité ; j’ai voulu leur faire changer de podologue mais le silence fut le seul écho à ma diatribe.
J’ai rendez-vous demain matin chez un autre podologue : s’il a une minute de retard, il verra mon pied. Dans sa gueule.

o VENTE PRIVE facebookVous connaissez ce merveilleux site qu’est Vente Privée ? Un site internet qui vend les stocks d’invendus de grandes marques à des prix défiants toute concurrence. Le site internet est une des plus belles réussites françaises de l’internet et il essaime son succès dans plusieurs pays d’Europe même si son implantation aux USA fut un douloureux échec, mais cela est une autre histoire.
Or, il y a quelques semaines de cela, j’ai commandé sur le site internet de Vente Privée, une paire de gants en laine à 30 € au lieu de 59 €. Devant cette remise conséquente, une folie consommatrice s’est brutalement emparée de moi et j’ai fait chauffer la carte bleue pour m’offrir cette paire de gants que je me voyais déjà enfiler lors de mes jogging hivernaux. Je remplissais le formulaire et payais le marchand distant avec la satisfaction de celui qui a l’impression de réaliser une bonne affaire voire le casse du siècle.
3 semaines plus tard (les délais chez Vente Privée sont excessivement longs) je recevais un mail m’annonçant que mon “colis“ était expédié et que je recevrai un second message dès que celui-ci serait mis à ma disposition dans le relais que j’avais sélectionné. J’avais opté pour la boutique “L’univers du téléphone“ sise rue de Rome car j’habite à deux pas et que cela est plus pratique que la livraison à domicile qui nécessite d’être à son domicile comme son nom l’indique.
Le jour J, après avoir reçu un SMS m’avertissant que mes mitaines m’attendaient, je me rendais d’un pas guilleret dans l’échoppe spécialisée dans la vente de coque pour mobile (si, si, il y a des magasins qui ne vendent que des coques pour mobiles ! En même temps, quand on voit le prix de ces coques, on se dit qu’ils auraient torts de ne pas essayer). J’aborde alors une femme sans âge, posée derrière le comptoir sur un tabouret rotatif, occupée à s’ennuyer ferme en attendant le gogo prêt à lâcher 30 € pour une coque sérigraphiée I Love New York. J’interrompis sa neurasthénie faciale en lui annonçant que la raison de ma présence n’était nullement de faire l’acquisition d’une coque Hello Kitty, mais la récupération d’un colis en provenance de Vente Privée. “Très bien“ me décocha la commerçante trop heureuse que sa journée soit soudainement bouleversée par ma requête. Elle aurait, grâce à moi, quelque chose à raconter le soir à son mari pendant le dîner qu’ils ne manqueraient pas de prendre en regardant N’oubliez pas les paroles sur France 2.
L’impétrante me demanda alors mon nom et pivota mollement vers une pile de colis afin de s’enquérir de mon paquet. Après quelques secondes de vaines recherches, elle prononça une phrase qui finit d’occire ma bonne humeur : “je ne le trouve pas…“. Je lui tendis l’écran de mon iPhone (en espérant qu’elle n’en profiterait pas pour me proposer une coque Olympique de Marseille) afin qu’elle y lise la confirmation que mon colis était bien arrivé chez elle.
Elle repartit d’un tour de hanche vers son empilement de colis et là, sans même m’en rendre compte, elle me fit entrer dans un quark, un trou noir, une nouvelle dimension où la logique, le bon sens et le raisonnement n’ont plus leur place. Elle marmonna “j’ai bien ce nom là mais pas avec ce prénom…“. Je lui répondis alors du tac-au-tac : “vous avez le nom Carias mais avec un autre prénom que le mien ? Jean-François ?“. Et le factotum en charge du délivrement des paquets poursuivit : “Oui, moi, j’ai Jeff comme prénom“. Soulagé par sa réponse, je lui expliquais que c’était pareil, que “Jeff“ était le patronyme sous lequel j’étais connu (et apprécié par un public fidèle).
“Ah oui mais moi je peux pas vous le donner parce qu’il me faut une pièce d’identité avec marqué “Jeff“ dessus, vous comprenez ?“ me dit celle que je commençais à détester.
“Mais vous n’en aurez jamais puisque c’est un surnom. Jeff/Jean-François, c’est comme Isa pour Isabelle, Marithé pour Marie-Thérèse, Nico pour Nicolas, vous comprenez ? C’est pareil ! Regardez mon mail qui a servi à la commande : il y a bien marqué “jeffcarias@…“. Regardez le SMS que j’ai reçu sur mon mobile ! Ouvrez le paquet, vous allez voir, c’est une paire de gants en laine à 30 € et pas un tableau de Pablo Picasso que j’essaye de vous barboter“ lui répondis-je en conservant tout le self control dont j’étais capable.
“Ben je sais pas quoi faire, moi… Je vais appeler la hotline de Vente Privée“ me répondit la connasse qui tenait là une affaire criminelle dont elle allait pourvoir disserter durant des jours avec son entourage. L’initiative de Mme Columbo allégea mes humeurs assassines car je pensais que j’allais bientôt sortir de cette situation kafkaïenne grâce à l’intervention d’un être doté d’un cerveau. J’étais certain que l’interlocuteur qu’elle aurait bientôt au bout du fil la tancerait vertement pour son zèle inutile et son abyssale niaiserie en lui ordonnant de me remettre sur le champs la paire de tricot que j’avais commandée et payée depuis 3 semaines.
Et bien non… Elle raccrocha et m’annonça d’un air grave que suite à sa conversation avec un responsable de Vente Privée, ce dernier lui avait confirmé qu’elle ne pouvait me remettre le colis que sous réserve que je lui présentasse une pièce d’identité au nom de “Jeff Carias“. En désespoir de cause, je sortis mes cartes de visite où mon surnom était imprimé sur papier glacé mais cet ultime geste pour essayer de nous sortir de cette situation ubuesque n’eut aucun effet sur le végétal planté devant moi. Je quittai le magasin la tête basse, vaincu par un système que je ne comprenais plus.
J’ai demandé à me faire rembourser et je me suis désabonné de Vente Privée en me jurant de ne plus jamais commander sur ce site qui m’a donné l’impression désagréable d’être un escroc numérique.
Jean-François (dit Jeff)
P.S. : si vous avez une vieille paire de gants en laine, je suis preneur. Paiement en liquide.

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