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Je suis mauvais joueur, comprenez : bon gagnant mais mauvais perdant. Je ne supporte pas la défaite tout comme j’abhorre les gens qui l’acceptent avec insouciance, sans même laisser leurs tripes sur le terrain, les adeptes du “ce n’est qu’un jeu“.
Mes amis le savent et mes partenaires sportifs craignent la fougue et la colère qui peuvent m’animer si je ne remporte pas l’échange dans lequel je me suis engagé de tout mon être, courant à droite, à gauche, montant au filet ou bien reculant désespérément au fond du court pour tenter un sauvetage miraculeux. Bien souvent je me blesse en tentant des gestes impossibles, percutant le mur du fond ou tombant lourdement sur le sol en ciment en essayant de reprendre un amorti parfaitement maitrisé par mon rival. Mes soirées se ressemblent et c’est souvent avec une poche de glace ou un sac de petits pois surgelés placé sur une articulation endolorie que je passe mes troisièmes mi-temps en regrettant mes jeunes années où mon métabolisme était moins friable.
Je me suis pourtant assagi avec le temps car il y a quelques années de cela, j’étais capable de quitter un court sans un regard pour mon partenaire, le boudant durant plusieurs jours, m’enfermant par la même dans un tabernacle de mauvaise foi dont même Michael Scofield (“Prison Break“) n’aurait pas réussi à s’échapper. N’étant pas du genre à m’excuser (une autre de mes tares), j’attendais que mon ami me manque pour revenir vers lui et lui proposer une autre partie comme si de rien n’était.
Aujourd’hui, la brouille ne dure pas plus de quelques heures. Blessé au bras durant presque une année, j’ai eu le temps de méditer sur mes vices afin de gagner en sérénité. Je suis revenu à la “compétition“ sur la pointe des pieds mais, je m’en suis aperçu la semaine passée, le caractère toujours aussi bien trempé…
En effet, j’ai affronté une relation de travail contre qui je jouais pour la première fois. Je m’étais promis de ne pas l’effrayer avec mes postures guerrières et mon visage de tueur afin de conserver dans mon carnet d’adresse, cet ingénieur du son doué avec qui j’ai tant de plaisir à collaborer… Mais mon tempérament a pris le dessus et ce qui devait être une simple partie de badminton s’est transformée en opération Tempête du Désert.
Très vite, mon adversaire prit la mesure de mon engagement et comprit que je n’étais pas là pour “rigoler“. Cela sembla le décontenancer au début du match que nous avons disputé : il ne me reconnaissait plus. Le sympathique bonhomme qui venait travailler dans son studio insonorisé avait laissé place à une bête féroce, un fauve, un Terminator que plus rien ne pouvait arrêter. Dès les premiers points distribués (en sa faveur), je le vis de plus en plus inquiet devant le torrent de haine qui s’accumulait de l’autre côté du mince filet le protégeant de moi. Plus je perdais de points, plus mon humeur s’obscurcissait, plus mes cris se faisaient sonores et mes insultes envers sa mère, nombreuses.
Il essaya de détendre l’atmosphère à la fin du premier set qu’il remporta de haute lutte, par quelques digressions sur des dossiers en cours mais je ne pensais qu’à une chose au moment du changement de côté qui nous vit nous frôler : sa mort, son extinction définitive. Devinait-il, alors qu’il me souriait gentiment, que j’étais en train de songer à sa crémation ? Se doutait-il à cet instant précis, que je rêvais de lui enfoncer ma raquette dans la bouche (côté tamis) jusqu’aux amygdales en la faisant tourner sur elle-même pour lui casser toutes les dents ? Non, je ne pense pas. Chacun de ses sourires bienveillants, de ses congratulations empreintes de fair play (“bien joué Jeff !“), étaient des provocations pour le tueur psychopathe que j’étais devenu. “Ta gueule !“ me retenais-je de hurler plusieurs fois à son attention. “Prends ça dans ta petite gueule !“, “Et celle-là !? Tu sais où tu peux te la mettre ?“ sont un florilège des obligeances que je me suis abstenu de formuler, gardant pour moi ce vocabulaire peu chevaleresque, j’en conviens.
Je m’en veux toujours terriblement APRES le match mais rien n’y fait. Je dois éprouver cette animosité pour battre mes adversaires ou tout du moins, leur donner du fil à retordre. Je  ne m’amuse pas quand je joue et cela pourra paraître étrange à certains d’entre vous mais c’est ainsi.
J’ai gagné les 2 sets suivants et mon adversaire est redevenu mon pote. Il a pu regagner son foyer, embrasser sa femme et ses enfants sans passer par la case Soins Intensifs d’un hôpital publique. Il ne sait pas à quel point je l’ai détesté durant l’heure qu’a duré notre partie et j’espère qu’il ne tombera jamais sur ces lignes car j’aurais bien honte des sentiments peu glorieux qui m’habitèrent durant cet épisode sportif.
Dans quelques heures, je dois le retrouver sur le court n°4 que j’ai réservé pour un nouvel affrontement. Cela sera différent car il a compris qu’il jouait contre un fou furieux et que durant la partie, je le déteste au moins autant qu’Hitler appréciait la cuisine casher.
En partant l’autre jour, alors que nous nous trouvions sur le parking de la salle de sport, il m’a regardé avec intensité et m’a avoué timidement… “on a vraiment l’impression que tu joues ta vie sur chaque échange… J’aime bien“. S’il savait…

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