Mon ami sportif, mon héros (deuxième partie)

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Le jour J, à l’heure prévue, je me trouvais au lieu précis qu’il m’avait indiqué. Baskets aux pieds, tenue en élastomère me couvrant le corps, je guettais mon ami en me préparant psychologiquement à l’emmener sinon à la victoire (faut pas pousser) mais au moins jusqu’à la ligne d’arrivée. Et je le vis arriver… superbe dans l’effort et dans sa tenue de cycliste bleu roi moulante. Il était grand, il était beau et ses muscles saillants roulaient sous la fine pellicule de tissu qui présentait dans un écrin de textile synthétique, un corps qui n’avait rien à envier aux athlètes d’Olympie. Il me souriait, heureux de me voir au rendez-vous et sans doute rassuré que j’ai tenu parole pour l’entrainer dans ma foulée vers le Valhalla des sportifs.
Je m’élançais devant lui, fier, redressant le buste, sentant les pas de mon champion derrière les miens. J’étais devant lui, j’étais utile, tel le lapin en peluche après lequel courent les lévriers. J’avais l’impression d’être un coach sportif motivant son élève et je ne boudais pas mon plaisir alors que le public nombreux nous encourageaient. J’oubliais que je n’avais fait ni vélo, ni natation et j’acceptais leurs encouragements comme le coureur cycliste dopé du Tour de France accepte les bravos qu’une foule bigarrée lui lance le long des routes de France.
Pourtant, un grain de sable vint enrayer cette belle biomécanique. « Va plus vite s’il te plaît“ m’injoncta-t-il d’un ton ferme. Mon ami voulait que j’augmente la cadence. “Tu vas tenir ?“ lui ai-je gentiment répliqué, inquiet qu’il ne lâche la compétition à quelques encablures de la ligne d’arrivée. Il me répondit par l’affirmative et j’augmentais donc ma cadence, poussant un corps adipeux à des extrémités qu’il n’avait plus l’habitude de fréquenter depuis 1994. Je m’essoufflais, courais au-delà de ma vitesse habituelle et je m’interrogeais afin de savoir comment j’allais faire pour couvrir les 9,5 kilomètres qu’il me restait. Imaginez une tortue qu’on accrocherait aux pare-chocs d’une Porsche 911 et vous aurez une idée précise du tableau.
Je sentais maintenant son souffle dans mon cou (ce qui ne m’a jamais bien plu, surtout quand l’air expiré provient de bronches masculines) et j’étais au bord du vomissement. J’essayais de jouer la carte du pro en lui conseillant de ralentir le rythme car il allait se “cramer“ mais l’homme de muscles ne fut pas dupe de ma misérable tentative d’obtenir du répit et il me dépassa sans effort. Un sentiment de honte m’envahit mais il n’était pas question de le lâcher et je m’accrochais à son rythme, essayant d’imaginer les discours posthumes que liraient mes amis pour mes obsèques.
Et puis… le Seigneur a entendu ma souffrance et m’a envoyé un ange. Cet ange prit la forme d’un commissaire de course juché sur une bicyclette qui se posta à ma hauteur pour me demander mon numéro de dossard. Je lui répondis essoufflé que je n’en avais pas et que j’accompagnais mon ami sur l’épreuve de course à pieds. L’homme de loi nous expliqua alors que c’était interdit par le règlement et que si je continuais à le suivre, c’était un carton rouge pour mon compagnon. Je quittai donc la course, ne voulant pas disqualifier ce dernier…
J’aurais voulu embrasser ce commissaire, le remercier de me permettre de quitter avec les honneurs ce champs de bataille où j’aurais certainement péri sans sa divine intervention.
Mon ami me remercia et s’excusa pour fâcheux incident. Je lui répondis magnanime, que ce n’était pas grave et que c’était moi qui était désolé de ne pas pouvoir rester à ses côtés… Puis je suis allé vomir derrière une voiture.

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