La très calme Clameur

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Attention, vous allez lire un texte totalement subversif ! Avec des mots que l’on a pas le droit de dire ni d’écrire en ce moment à Marseille qui baigne dans un tel état d’euphorie que celui qui vient casser l’ambiance risque fort de finir au fond du Vieux Port avec des palmes en ciment. Mais tant pis, lorsque j’étais l’éphémère rédacteur en chef de News of Marseille, j’avais l’habitude de prendre des positions iconoclastes et “révolutionnaires“ par rapport au discours majoritaire et je m’apprête à renouer avec cette coutume.
Je vais vous entretenir de Marseille Capitale Européenne de la Culture… car je ne trouve nul part écho à mes inquiétudes et mes doutes. Les médias locaux (qui sont tous partenaires de la manifestation et qui se retrouvent, en quelque sorte, co-organisateurs) débordent d’articles et de reportages dithyrambiques quant à l’année culturelle qui s’annonce. Il faut “vendre“ absolument cette année et célébrer, avant même qu’elle n’ait commencé, son succès. On ne peut échouer ! Pensez donc, on a réalisé 600 millions d’euros d’investissement pour accueillir, espère-t-on, la planète entière. Ce chiffre considérable semble être un argument indiscutable (et indiscuté) pour expliquer qu’on va réussir (à attirer 30% de visiteurs en plus à Marseille en 2013).
Je souhaite de tout mon cœur le succès de cet événement mais j’ai de sérieux doutes quant à sa réussite. A un an des élections municipales, la belle unité affichée par tous les acteurs politiques et économiques de la région ne tardera à voler en éclats sous les impacts des tirs verbaux crachés par les kalachnikovs de la discorde qui transforment régulièrement notre ville en marécage où s’envasent tant de beaux projets.
Pourtant, je me suis rendu samedi dernier, en famille, le cœur léger, assister à la “Grande Clameur“ qui nous avait été vendue depuis des mois comme “le grand événement“, “le lancement interplanétaire“ de l’année culturelle à Marseille. Je m’étais échauffé les cordes vocales et je portais sur mes épaules mon fils qui possède le don de pouvoir couvrir de sa seule voix, un Rafale au décollage. J’étais prêt à tout faire sauter.
Il y avait un monde fou et nous attentions tous 18h55 pour pousser cette “grande clameur“ qui allait faire “trembler“ (disait la propagande) les murs de Marseille. Une sorte de 31 décembre bis quand votre bande de potes alcoolisés hurle le décompte des dernières secondes la séparant de la nouvelle année… Mais non. Point de décompte ici. Quelques personnes criaient à intervalle régulier, moi-même m’y essayais en compagnie de mes enfants mais la peur du ridicule m’envahissait alors qu’une question se faisait plus présente dans ma tête : “c’est quand qu’on doit crier ?“
Je m’attendais à trouver une scène avec un animateur chauffant la foule glacée par le vent d’hiver, des écrans géants affichant un décompte mais… non. Rien de tout cela. Un feu d’artifices démarra poussivement, accompagné d’un très joli ballet de jets d’eau colorés puis des jeux de lumières sur Notre Dame de la Garde et… c’était fini. 19h25, je regarde ma montre puis j’interroge du regard mes voisins, leur demandant en silence si c’est terminé ou pas. Oui, a priori, c’est fini. On passera 30 autres minutes à essayer de s’extirper de la foule compacte qui s’était massée pour l’occasion sur ce Vieux Port ré-aménagé.
Inimaginable de penser s’arrêter dîner dans un restaurant ou un troquet pour boire un godet : tous les restaurants étaient bondés. Ce n’était pas la Grande Clameur mais le Grand Banquet et pour un peu, je me demande si les organisateurs de ce gigantesque trompe l’œil n’étaient pas le syndicat des débits de boissons.
Alors on est rentrés à pieds sous l’œil bienveillant de la marrée chaussée qui ne fut jamais aussi présente que ce soir-là, pour le plus grand confort des marseillais, peu habitués à en observer autant d’un coup (sans radars ou alcootests à la main).
Pourquoi ne pas avoir organisé un grand concert avec des groupes marseillais qui auraient pu “mettre le feu“ au Vieux Port ? Pourquoi ne pas avoir scénarisé cette Grande Clameur qui était une bonne idée sur le papier ? 400 000 personnes dans les rues de Marseille pour ce lancement : il fallait en profiter pour les faire adhérer à ce “bidule“ (comme dirait De Gaulle), qu’est la capitale Européenne de la Culture et que beaucoup de marseillais ont encore beaucoup de mal à appréhender. Selon moi, ce premier rendez-vous fut manqué mais quand je lis la presse locale ou nationale, je m’aperçois que je suis le seul grincheux à penser ainsi… alors je vais refermer ma parenthèse (et ma gueule) et finir de me convaincre que je n’ai rien compris.
On ressortira en famille pour voir le pavillon M (quand il sera fini d’être construit) et le Mucem (quand il sera ouvert au public… en juin). En attendant, on ira… au cinéma ?

4 Responses
  1. Ladecool

    Il y a tout de même eu pas mal d’articles incendiaires dans la presse national, notamment dans Marianne et dans Libération. Quel dommage tout de même, j’ai hésité à venir le week end dernier pour assister à cette fameuse clameur, je trouvais l’idée excellente et rassembleuse. Au vu du résultat, je n’ai pas trop de regrets. C’est terrible parce qu’on ne peut s’empêcher de penser que c’est un peu la dernière chance pour Marseille.

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